Le Barattage

de l'océan de lait

Lors d’une période chaotique, les anges et les démons s’allient pour baratter un océan de lait, et en extraire l’amrita, nectar divin qui guérira le monde. Le chaos symbolise l’état de confusion qui règne en notre esprit. Anges et démons ne peuvent correspondre fidèlement à ce qu’exprime la langue sanskrite qui ne semble pas connaitre de représentation aussi tranchées. Ces entités évoquent les infinis aspects qui composent notre nature, certains peuvent être comme lumineux et d’autres ténébreux.

Ces forces s’unissent pour baratter l’océan de lait, symbolisant la pratique du yoga qui va d’abord provoquer de grands bouleversements intérieurs. La tortue Kurma descend au fond de l’océan.

Elle décrit l’entrée en soi, le retrait des sens qui mène à l’intériorité nommé pratyahara. Commence alors la réflexion. Le mont Meru est déposé sur son dos en guise de bâton de barattage.


On enlace autour de la colonne vertébrale le serpent Adisesa, exprimant l’énergie déployée dans la quête spirituelle. Anges et démons tirent chacun de leur coté tête et queue du serpent procédant au barattage. Après les premiers efforts, le poison du conditionnement (samsara halahala) se détache du fond de l’océan, et remonte à la surface.

Le yoga ne peut être une voie de bien-être. En chemin, nous vivrons des moments difficiles lorsque nous perdrons nos illusions. C’est ce qu’exprime le poison du conditionnement qui remonte à la surface. Shiva intervient, boit le poison qu’il garde dans sa gorge, comme notre esprit absorbe la vision du conditionnement et l’intègre à la réalité. Le poison symbolise également la mort à l’existence conditionnée, comme dans les légendes de Socrate, d’Héraclès ou même de Blanche-Neige.


Le conditionnement étant un phénomène extérieur, nous ne pouvons l’éliminer ; notre seul pouvoir est d’en prendre conscience. Nous garderons toujours les mémoires de ce que nous avons vécu. La spiritualité ne peut ni ne doit générer aucune forme d’amnésie.
Seul le rapport à nos mémoires ou samskaras peut changer, à condition d’intégrer ce poison symbolique à notre réalité.

Le barattage se poursuit et le nectar divin atteint le sommet. Il est recueilli dans une coupe en haut du mont Meru. Anges et Démons tirent alors chacun de leur coté pour s’approprier l’élixir. La légende ne nous dit pas qui emporte l’amrita.


Notre liberté intérieure est totale. Tous nos aspects, lumineux ou ténébreux peuvent en disposer.

L’amrita symbolise l’illumination spirituelle, autrement nommée samadhi.
C’est aussi le sens du yoga sutra 1.2 : yogah cittavritti nirodah.