Yoga sutras de Patanjali
(texte majeur du Yoga)

Introduction

La présentation qui suit des Yoga Sutras de Patanjali est une interprétation parmi tant d’autres. Une interprétation est une façon de rendre compréhensible, traduire, donner un sens. Cette interprétation est une autre vision du yoga. En ce qui nous concerne le texte sera abordé dans les grandes lignes parce qu’il y aurait énormément à écrire,  méditer.

Ici, il ne s’agit en aucun cas de dénigrer ou de surenchérir par rapport aux autres personnes s’étant déjà essayé à l’exercice, il en va de même pour le corps enseignant ! Cela veut dire que ce qui existe n’est ni bien, ni mal mais à nuancer.

J’ai été absorbé par ma dernière lecture de l’interprétation des Yoga Sutras « Les yoga sutras de Patanjali Décryptés » d’Arnaud Kancel. J’ai lu précédemment trois autres versions depuis le début de ma pratique du Yoga il y a quelques années. J’ai à chaque fois été confronté à une incompréhension du texte dans son écriture, perdu et interrogatif sur des pouvoirs surnaturels que l’on pourrait soit disant obtenir !  Mais j’ai continué à lire car je n’arrivais pas à étancher ma soif de connaissances  qui n’étaient pas à la hauteur de ma pratique quotidienne.

Puis à la lecture de ma quatrième version, j’ai enfin pu comprendre ce que je lisais en rapport avec ce que je pouvais vivre au sein de ma pratique et la vision globale que je peux avoir du yoga. L’auteur fait un état des lieux du Yoga contemporain : il est totalement dénaturé, tant dans sa pratique que dans sa philosophie. Il n’y a certes pas de vérité absolue, mais à la lecture de cet ouvrage, on se rend compte que beaucoup de choses ont été complètement galvaudées.

De nombreuse pratiques portent le nom de Yoga mais ne sont en fin de compte que des pratiques gymniques ou sportives. Et si cette partie physique est déjà associée à tout autre chose que le yoga pourquoi la philosophie enseignée n’aurait elle pas non plus été détournée ou incorrectement interprétée ? C’est la question que je me suis longtemps posé jusqu’à il y a quelques temps.

On pourrait porter un regard inquisiteur sur les courants « new age » et « bien être » surtout en ce qui concerne le nombre de méthodes et d’enseignements sur la méditation bien loin de ce qu’elle est réellement : la réflexion. Mais cela serait bien trop simple ! En remontant dans le temps, à plusieurs  siècles on peut comprendre comment toute la philosophie du yoga a été dénaturée. Ce n’est pas un cas isolé !  Il en va de même pour d’autres textes qu’ils soient sacrés ou non, prenons exemple sur la religion avec le Christianisme, l’essence même de la bible a été remodelée et détournée sous l’empereur Constantin au 4ème siècle APJC. Il s’agit  à chaque fois de restreindre la Liberté ! Certains textes sont  détournés lorsque le pouvoir libérateur de ceux-ci est trop puissant. Il en va de même pour les yoga sutras de Patanjali. Il faut garder à l’esprit que tous les textes sacrés ou non ont tous un point commun, ils ont été rédigé par des êtres humains.

 

Le texte d’origine des Yoga Sutras est estimé vers -200 ans AV JC, il n’y a aucune certitude, l’enseignement était dans un premier temps oral ce qui permettait à ce genre d’enseignement de ne pas mettre l’accent sur une seule personne ou un groupe, afin d’éviter l’idolâtrie pour se concentrer sur le message. Le pratique du yoga est donc bien antérieure, peut être des milliers d’années !

Ce texte se compose de 196 aphorismes, c'est-à-dire de courtes phrases exprimant une certaine vérité.

Il existe aujourd’hui plusieurs versions des Yoga Sutras, ces œuvres sont en général basées sur une interprétation du roi Indien Bhoja du 10ème siècle. Il semblerait que le texte d’origine  ait été remanié de manière à contenir son pouvoir libérateur dans le but d’éviter la méditation du peuple, ce qui semble toujours le cas aujourd’hui. L’interprétation proposée ici est basée sur une étude qui serait plus proche du  texte d’origine.

Selon l’auteur de cette version, il faudrait décrypter le texte de manière symbolique. Shiva et Shakti (divinités Indiennes) représenteraient respectivement la Conscience et l’Energie, et c’est l’union, l’interpénétration des deux qui aurait un pouvoir libérateur. La clef pour lire les yoga sutras se trouve donc dans le décryptage des symboles utilisés. Par exemple l’eau représente l’activité mentale, le feu la purification par la combustion de l’illusion, l’air est l’esprit…  

Le symbolisme aurait été utilisé afin que l’enseignement puisse traverser le temps pour libérer l’être humain de son conditionnement intemporel.

Les yogas sutras sont une définition du yoga, permettant de nous inviter à nous éveiller face à un conditionnement dangereusement confortable. Le mental y est analysé au niveau de ses mouvements, ainsi que la façon dont on peut en prendre conscience, les observer et ne plus en être le jouet. A la lecture de ce texte, on peut considérer que le propos reste d’actualité.  

 

Le yoga

 

Le Yoga est tout d’abord à considérer comme une activité psycho-corporelle et non un sport, il n’y a donc aucune compétition car c’est avant tout une pratique individuelle menant au Soi.

Etymologiquement Yoga vient du Sanskrit Jug soit en Français Joug qui est un élément d’attelage en bois pour réunir deux animaux de trait, plus communément des bœufs.
Les premiers écrits sur le yoga apparaissent dans les Upanishads entre 1000 et 500 ans AV JC.

Le yoga veut dire Union. On parle donc d’Union de la Conscience (dans le sens d'activité mentale) et de l’Énergie (que l'on a dans les asanas ; l'assise que l'on trouve en Soi, le souffle, les mantras...)

On utilise le terme Yoga citta Vritti Nirodah, ce qui veut dire que lorsque l’on s’éveille à l’union (Samadhi), les citta vrittis (mouvements du mental) ne sont pas supprimés mais identifiés et reconnus pour ce qu’ils sont. L’être humain étant un être pensant, on ne peut stopper la pensée. Il convient donc de venir pacifier le mental par la concentration et autres méthodes, afin de repérer les mécanismes engendrant ces mouvements du mental.

Le mythe du barattage de l’océan est un texte qui expose très bien la symbolique et est inspirant à ce sujet.

 

Pourquoi le Yoga ?

 

Cette Union, de la Conscience et de l’Energie permet à notre Nature de s'éveiller en sortant de notre conditionnement (culture, géographie, éducation, politique, morale...) pour voir, vivre la Réalité en dehors de nos certitudes, principes, attentes, attachements...

Le yoga est en plein essor depuis déjà plusieurs décennies et il connait actuellement un grand succès s’adressant à tous types de populations : enfants, adultes et personnes âgées.  De plus en plus de personnel médical, notamment les médecins le conseillent à leurs patients.

Le yoga a de multiples bénéfices tant sur le plan physique que mental.

Physiquement il apporte souplesse, revitalise les organes internes, harmonise la musculature, développe l’endurance, stimule le système immunitaire, réapprend à respirer, améliore la digestion, améliore la circulation sanguine...

Mentalement il aide à gérer le stress, se concentrer, diminuer les émotions négatives, se recentrer, s’ancrer, être attentif, s’ouvrir à soi, s’ouvrir aux autres, se relaxer…
Il s’agit d’une activité holistique permettant de prendre en compte la globalité de l’individu.

 

Qu’est ce que le conditionnement ?

 

Le conditionnement est tout ce qui nous est imposé et qui nous éloigne de notre Nature ainsi que de la Réalité.

Notre Nature est ce que nous sommes en dehors du conditionnement, des jeux de rôles auxquels nous avons recours dans la vie de tous les jours. Nous nous sentons parfois déconnectés, cela provient du fait que nous ne sommes pas en phase avec notre Nature, poussé vers des objectifs superficiels qui ne sont pas les nôtres comme ce qui concerne la réussite familiale, professionnelle. Il est primordial d’agir dans une action libre et non dans une projection sociale.

Notre Nature est basée sur notre individualité, nous ne sommes pas l’autre ou l’autre chose. Prenant conscience de cela il est alors possible de se détacher des liens entravant notre Réalisation.

La Réalité est ce qui existe sans le filtre du conditionnement.

Ce qui compose le conditionnement est non exhaustif, cela peut être l’éducation, la culture, la morale…tout ce qui peut nous être imposé, de cela découlent les principes, les certitudes, les attentes, les projections… causes de notre conditionnement qui initient les Citta Vrittis que sont les mouvements du mental.


Quels sont les CittaVrittis (mouvements du mental) ?

 

Les Citta Vrittis (mouvements du mental) sont au nombre de cinq. Ceux-ci peuvent plus ou moins entraver notre perception selon les situations que nous vivons. Ils se superposent à la Réalité, ce qui nous plonge alors dans l’illusion, car il faut garder à l’esprit que nous ne sommes pas ce qu’il nous arrive.

Prenons conscience que nous sommes des Êtres pensant, que faire le vide est une promesse impossible. La pensée est un mouvement perpétuel lorsqu’elle est sans réelle direction. En se concentrant sur les murmures de la pensée et en en prenant conscience, on peut repérer les mécanismes qui régissent la survenue et la propagation des mouvements du mental. 

 

Les Citta Vrittis sont :


La Vérité

Si elle est considérée comme absolue. Ce que l’on considère vrai ne l’est pas forcément, elle dépend en général d’un point de vu.

L’Erreur :

Lorsqu’elle provient de l’ignorance. L’erreur est humaine mais elle peut être fatale.



L’Imagination :

 Lorsqu’elle se substitue à la réalité. L’imagination permet la création mais il faut prendre garde de ne pas s’y perdre.



La Léthargie mentale :

 Lorsque nous sommes sans réflexion. La léthargie mentale nous fait stagner.

 

Le Souvenir :

Lorsqu’il nous fait revivre le passé. Un présent paisible n’a pas besoin d’être parasité par des souvenirs inappropriés.



Dans tous les cas, les Vrittis, sont à conscientisés car ils représentent un fort pouvoir d’enlisement mental. C’est pourquoi il est nécessaire de repérer leurs mécanismes afin de prévenir leurs apparitions. Même en état de Samadhi (de réalisation), les mouvements du mental seront toujours présent du fait que nous sommes des êtres pensant, mais nous en serons moins perturbé car conscient. Il faut donc resté vigilant pour ne pas suivre les pensées, combattre les pensées ou créer les pensées. Nous avons dans un premier temps à repérer leurs naissances, de les étudier pour ce qu’elles sont : sans existence réelle. Il s’agirait un peu comme de regarder un ciel bleu sans se laisser perturber par les nuages qui passent, car même derrière les nuages le ciel est toujours bleu.

 

La méthode pour se libérer et retrouver sa Nature.

 

Retrouver sa Nature c’est cheminer vers l’Union de la Conscience et de l’Energie. Cette Union est la réalisation de Samadhi qui est la vision du Réel au-delà du conditionnement, par la reconnaissance des Vrittis (mouvements du mental).

Le Yoga ne changera pas le monde mais il modifiera notre vision erronée de celui-ci.

Il s’agit d’une prise de conscience de notre individualité qui s’approfondit au fil du temps. Il ne s’agit pas d’un cap à passer, mais d’une compréhension progressive de nos mécanismes de pensée. La Réalisation de Samadhi est avant tout individuelle car la seule unité est celle de l’individu.

Se libérer c’est devenir autonome. La dimension du « maître » doit avant tout être intérieure. Cela entame le chemin de la libération qui est effectué par un guide ; l’enseignant. Celui-ci doit pouvoir aider, apprécier l’élève pour ce qu’il est, sans chercher à l’impressionner ou de le maintenir en situation de dépendance. L’enseignant doit seulement être un guide et non un maître. Il doit mener l’élève vers l’autonomie. Car le devenir de l’élève est de s’élever, s’émanciper de tout conditionnement.

Il faut prendre conscience que vers la Réalisation du Soi il n’y a que Soi. Cette Réalisation ne nous prémuni de rien d’autre que de l’illusion du conditionnement. Nous continuons à vivre et à expérimenter, car nous ne pouvons maitriser que notre monde intérieur par la connaissance de celui-ci. On peut faire que de notre mieux avec ce qui est du monde extérieur. Samadhi permet donc de voir la réalité telle qu’elle est, nous ne serons pas à l’abri des événements ou dans une totale félicité, nous serons juste dans la compréhension de ce qui est.

Il s’agit donc de rester disponible à la réalité au-delà du conditionnement. C’est pourquoi il est important de conserver notre capacité de jugement, de savoir différencier l’illusion du réel en cultivant notre perspicacité.

La méthode qui est proposée dans les Yoga Sutras est souvent énoncée sous les termes yoga en 8 étapes, branches, membres du yoga : c’est l’Ashtanga Yoga.

Il faut savoir que ce terme, Ashtanga Yoga, n’apparait pas dans les Yoga Sutras et qu’il s’agirait d’une dénomination plus ou moins contemporaine. 
Néanmoins on peut retrouver les composants de cette appellation Ashtanga Yoga dans les yoga sutras.

 

Les 8 membres du yoga.

 

Yama, Niyama, Asana, Pranayama, Pratyahara, Dharana, Dhyana, Samadhi.

 

1 Yama :

 

Partant du principe que le texte est symbolisé, il faut prendre en compte que Yama est le dieu de la mort, ici le symbole comprend la mort de l’illusion. Une fois l’illusion brûlée, détruite il ne reste que notre Nature. Il s’agit de nos qualités vibratoires intrinsèques, ce que l’on est naturellement. Les Yamas sont en quatre parties :


Ahimsa :

Notre Nature pacifiée, c’est retrouver la paix avec soi même.

 

Satya :

 La vérité intrinsèque, la vision claire du réel sans les filtres du conditionnement.

 

Asteya :

 C’est l’innocence du Soi.

 

Bramacarya :

 Le pouvoir créateur, être à la source de notre vie, existence.

 

Aparigrahah :

 La liberté, la possession est illusoire, on ne possède rien ni personne.
 

 

2 Niyama

 

Il s’agit ici de nos qualités plus profondes du Soi. Les Niyamas sont en 5 parties :


Sauca :

 La pureté intérieure, lâcher prise sur la culpabilité.

Nous ne sommes pas impurs, mais habités d’impuretés mentales.

 

Santosa :

Le contentement dans nos désirs alignés à la réalité, le possible.

 

Tapah :

 L’ardeur, l’enthousiasme à vivre notre vie et dans ce que l’on fait.

C’est notre motivation qui peut être faible, moyenne ou élevée.

 

Svadhyaya :

L’étude de Soi dans l’observation méthodique, la conscience, l’enseignement.

L’étude du yoga se fait dans le symbolisme qu’il faut retranscrire dans la réalité.

 

Isvarapranidhana :

La dévotion à Soi par conscience du Soi.

Isvara est la divinité que l’on a en soi, que l’on retrouve dans le Namaste.

 

 

3 Asana :

C’est l’assise en Soi, la conscience dans le mouvement ainsi que dans l’immobilité.

 

4 Pranayama :

C’est la prise de conscience de la circulation de notre énergie afin de l’orienter.


5 Pratyahara :

c’est l’intériorisation, le retour à l’intérieur de soi.

6 Dharana :

C’est la concentration, une attention centripète.


7 Dhyana :

C’est la méditation synonyme de réflexion.

Selon le dictionnaire Larousse 2019 :
Méditer v.t(du lat. meditari, réfléchir) soumettre à une profonde réflexion.

La pensée n’est pas à stopper, elle est à pacifier.


Méditer est une réflexion permettant de réaliser Samadhi.


8 Samadhi :

C’est la Réalisation, la vision de la réalité dénuée de tout conditionnement, notre Nature, le Soi.

On peut noter que Samadhi est évoqué comme titre du premier chapitre « Samadhi pada ». Les yoga sutras nous guident vers Samadhi tout en sachant que Samadhi est déjà en nous, notre Nature en dehors de tout conditionnement. Il n’y a donc ni début, ni fin car tout est déjà présent.

 

  Conclusion

 

L’interprétation des « yoga sutras de Palanjali Décryptée » présentée nous donne une autre vision du yoga, de sa direction avec des moyens compréhensifs, réalistes et expérimentables.

Nous n’avons pas à suivre un quelconque code morale, car la morale est forcément temporaire, liberticide et entrave notre Nature. Nous avons à nous libérer de notre vision dualiste du bien et du mal, dans la réalité tout est à nuancé. Le problème est l’injonction à  mettre dans des cases les personnes et les idées, chacun évolue dans la même réalité mais pas avec la même Nature car les individus sont tous les mêmes, ils sont individuels. Désigner ce qui est bien ou mal, c’est  se comparer positivement afin d’être au dessus de l’autre alors qu’il n’y a aucune vérité absolue. Car il est toujours facile de reprocher à quelqu’un d’être une autre personne que ce qu’elle est.

La pratique actuelle du Yoga est souvent dénuée de sa partie spirituelle pourtant essentielle, rappelons qu’elle se définit par une étude des mécanismes de l’esprit, ou mental, qui tend à sortir de son conditionnement.

Si l’on souhaite ne faire qu’une pratique physique il est préférable de faire du sport. Ce qui est tout à fait bénéfique pour notre santé mais cela n’est pas le yoga.

Le Yoga lorsqu’il n’est pratiqué que de manière physique est énergisant, et cette énergie  renforce alors notre conditionnement. C’est pour cela qu’il est important d’orienter cette énergie par pranayama (qui est la prise de conscience et l’orientation de celle-ci).

La pensée n’est pas à stopper et l’égo à évincer, nous sommes des Êtres pensant dotés d’une psychologie à multiples couches, il s’agit de pacifier le mental par la concentration pour se remémorer qui nous sommes et amener à une méditation sereine.

Méditer c’est réfléchir afin d’avoir la vision du Réel en dehors de tout conditionnement pour retrouver notre Nature : Samadhi, le Soi.

Une sadhana est une voie spirituelle, la parole sacrée est réalisée par le processus de réflexion qui extrait le vocabulaire de son sens conditionné. Voilà pourquoi je vous demande de ne rien croire de tout ce qui est écrit dans cette présentation. La croyance se fonde sur l’ignorance et croire n’est pas savoir. C’est pourquoi je vous invite à lire, étudier, comparer, réfléchir afin d’expérimenter par vous-même.

Samadhi est comme le sommet d’une montagne, avant de s’y rendre il faut tout d’abord passer par la vallée. Il existe différents chemins pour y acceder, à nous de trouver le notre.

 

Eveillez vous